10.05.2012

Maroc 1er mars - Fès (3ème journée)

Jeudi

Lever à 8h00. A. et J. nous tiennent un peu compagnie pendant le petit déjeuner. Nous prenons quelques photos. Il fait frais et brumeux.
Préparation des bagages. Puis nous remercions nos hôtes et prenons avec eux quelques clichés en souvenir, avant de partir escortés par A. jusqu'en bas pour prendre un « petit taxi » ; ici on reconnaît ces véhicules à leur couleur bleue. Nous passons en chemin par une petite épicerie en prévision du trajet en train.
Arrivons très en avance à la gare. Départ du train à 10h40.
Derrière la vitre, les paysages défilent. Paysage vallonné parsemé ça et là de petits lotissements en parpaing ou en briques rouges construits à la va-vite avec les moyens du bord. Beaucoup ne sont pas encore terminés. Parterres et haies de cactus rackets. De très nombreux détritus jonchent le sol ; beaucoup des déchets en plastique comme ces sacs bleus qu'on retrouve absolument partout. Certains endroits font ainsi figure de véritable décharges. Des animaux d'élevage errent ça et là sans aucune barrière pour les arrêter. Des moutons, des vaches, des ânes, des chiens, tous mêlés et circulant entre les maisons, au milieu des champs broutant tout ce qu'ils trouvent. Impression d'extrême pauvreté et de total abandon. J'aperçois de temps en temps un homme ou une femme assis par terre au milieu de ce désordre, le regard perdu. Le train s'arrête soudain pendant une quinzaine de minutes. Au dehors, paysage vert aux arbres quasi absents.
Un type d'une trentaine ou d'une quarantaine d'années s'installe non loin de nous et nous aborde. Il est originaire de Fès. Nous parle un peu de la ville, et de son travail : il fait partie d'une compagnie de transport pour touristes. Message reçu. Comme nous ne semblons montrer aucun intérêt particulier pour cette histoire de transport, il finit assez rapidement par se relever et changer de wagon en quête de clients éventuels.
Le train repart et les paysages  verts ou arides se succèdent de nouveau. Ici un âne, ici un mini troupeau de vaches. Ici une sorte de canal. Plus loin un chien, puis encore des ânes. Encore des cactus rackets disposés en haies, des chantiers, des détritus.
Au niveau de Assilah, les choses commencent à changer un peu. Bord de mer. Des villas. Mais un peu plus loin, nous retrouvons nos vaches vagabondes au milieu de tas de rails rouillés
Le paysage devient progressivement plus vert. Plantations de petits arbres bien ordonnées. Mais par intermittences toujours ces îlots de grande pauvreté. A un moment, I. aperçoit à côté des pylônes d'un grand pont moderne un homme juché sur un dromadaire.
Gare Tletta Rissana. Des gamins jouent au foot devant un grand mur non loin des voies. Autour maisons de plain-pied un peu déglinguées. Quelques tracteurs, signe que le niveau de vie est légèrement plus élevé par ici. Plus loin, malgré tout, une tente rudimentaire installée très près de la voie au milieu de rails rouillés. Quelques ânes se baladent à côté.
Gare Ksar El Kebir. Un peu partout des équerres en béton. Beaucoup d'habitations rouge cerise de deux ou trois étages en forme de cubes.
Puis une longue route de stands de poteries serrés les uns contre les autres.
Ensuite des champs de mandariniers. Beaucoup de petits fleurs oranges un peu partout.
Sidi Kacem. Des infrastructures industrielles. Champs et cultures sont devenus ordonnés. Zone est de toute évidence plus prospère et plus développée.
Enfin, nous arrivons à Meknès. De nombreux tags décorent les murs. Un certain nombre atteste d'une très bonne maîtrise du dessin, et attire l’œil par leur créativité et leur originalité.
Je passe aux toilettes avant que nous n'arrivions à Fès. Le distributeur de savon semble vide depuis longtemps et la cuvette complètement bouchée est remplie de papier en court de désagrégation flottant dans l'urine au milieu d’excréments. J'ai l'estomac au bord des lèvres et je suis heureux de n'avoir fait qu'un très léger repas avant d'y passer.

Arrivée à Fès. Un jeune marocain pas très grand nous attend. Il nous mène jusqu'à un rempart de chauffeurs de taxi. Négociation du prix entre le jeune marocain et un grand et maigre chauffeur à lunettes fumés et à deux de tension. Le prix annoncé nous semble excessif, mais n'étant pas à l'origine de la négociation nous ne discutons pas ce qui a été convenu.
Une fois arrivés aux portes de la médina de Fès, nous payons et suivons notre guide. La descente dans la médina me paraît interminable car je transporte un sac assez lourd que je ne peux faire roulé . De nombreux marchands m'alpaguent en chemin, ce qui m'énerve car je ne comprends pas leur attitude : vue l'allure à laquelle j'avance chargé comme un mulet, je ne suis de toute évidence pas en mesure de m'adonner à une quelconque transaction ; j'arrive à peine.
Une fois parvenus à la maison d'hôte, nous sommes accueillis par A., un marocain d'une quarantaine d'années portant rayban, qui après s'être présenté nous demande nos passeports et les épluche à la manière d'un douanier syrien. Quelques remarques sur les numéros d'enregistrement qui devraient se suivre mais qui ne suivent pas « vous n'êtes pas arrivés en même temps ? », « c'est bizarre ... »; I. et moi nous regardons. Comme la chose s'éternise nous commençons l'un et  l'autre à être passablement agacés. Nous remplissons ensuite une fiche de renseignements et puis montons voir la chambre après avoir été invités à boire le thé sur la terrasse juste à côté, et qu'on nous ait donné un plan de la médina et indiqué une ou deux bonnes adresses de restaurants. Nous ne savons quoi penser, un peu déstabilises et fatigués ; le changement dans un environnement qui nous semble nettement plus oppressant que Tanger ; l'attitude un peu plus strictement "professionnelle" des deux personnes qui nous ont accueillis ici ; tous ces marchands ou autres qui nous ont alpagués tout au long de la descente ; le coût apparemment un peu excessif du trajet en taxi ; nous sommes un peu sur la défensive et mal à l'aise. L'impression d'être ici des porte-monnaie sur pattes dont on cherche à tirer le maximum. Notre première impulsion une fois posés dans la chambre : chercher un moyen de nous en aller rapidement. Nous décidons, dans un premier temps, de nous extraire des entrailles de la médina jusqu'au soir. Pour ce faire, re trajet en sens inverse et re harcèlement incessant ; "Welcome my friend", "hello!", "français?", "please? good price for you !", "cannabis?", "tanneries", "good restaurant", "vous cherchez quelque chose?" etc pendant un bon quart d'heure. Nous nous sentons obligés de regarder fixement devant nous sans répondre et ne profitons de rien de ce qui nous entoure.
Une fois sortis, nous attrapons un taxi pour la ville nouvelle qui nous fera payer un quart de ce que l'autre nous avait demandé à l'aller.
Dans la nouvelle ville, I. retrouve avec joie ses anciens collègues. Je suis heureux aussi de mon côté de ces retrouvailles, et je prends plaisir à jouir de rapports enfin normaux avec des gens d'ici. Une de ses anciennes collègues nous propose de l'accompagner en voiture chercher ses filles à l'école et à la crèche. Durant le trajet, échange de souvenirs, discussion sur la situation actuelle, notre ressenti en ce qui concerne la médina - elle nous explique qu'elle n'y met jamais les pieds - et ce que nous projetons de faire, à savoir partir en direction d'une autre destination et trouver un prétexte pour annuler prématurément notre séjour.
Après avoir récupéré les trois petites, très mignonnes, la collègue d'I. nous dépose en centre-ville. Nous nous promenons tranquillement un petit moment et nous sentons soulagés ; ici, nous pouvons marcher librement sans être détaillés ni importunés. Je retrouve un peu des sensations de notre voyage en Syrie lorsque nous errions au hasard dans Damas. I. me mène jusqu'à une pizzeria dans laquelle elle avait l'habitude de déjeuner assez régulièrement lorsqu'elle résidait ici. L'ambiance est très détendue et le dîner très agréable. Durant ce repas, nous réfléchissons à un moyen de partir.
Il nous faut nous en retourner dans notre chambre. Une fois déposés par le taxi nous retraversons toute la partie de la médina par parvenir au logement. La plus grande partie des boutiques est fermée ce qui ne nous empêche pas de nous faire encore et encore alpaguer pour nous attirer à des restaurants, pour nous refourguer du cannabis, etc. Des grappes de gars zonent les mains dans les poches un peu partout et nous regardent passer. Je suis tendu et la légère appréhension que je ressens chez I. qui agrippe le bras un peu crispée n'arrange pas les choses. Quand enfin nous arrivons à proximité de la chambre d'hôte, nous sommes obligés pour la regagner de nous engouffrer dans une minuscule et obscure artère  à l'entrée de laquelle un groupe de quatre ou cinq jeunes mecs sont en train de tirer sur le joint qu'ils se font passer. Ambiance.

23:46 Écrit par Neothene dans Où je vis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maroc, vacances, fès

07.05.2012

Après les urnes

Nous sommes bien organisés. Défilé d’enveloppes. Eclosion de bulletins. Une quasi routine, déjà. Parfois, en d’interminables séries de papiers semblables, le hasard semble vouloir nous signifier quelque chose. Pour la première salve, je suis celui qui énonce les patronymes. Pour la deuxième, la tête inclinée et reposant sur la main gauche, coude sur la table, le stylo bleu dans la droite, je fais des bâtons sur une feuille ; je souris intérieurement car je me fais, à ce moment précis, l’effet d’un étudiant qui s’emmerde en prenant des notes de cours, et simultanément d’un écolier apprenant à écrire.

Des accidents viennent parfois casser cette routine. Un bulletin suspect émerge lentement d’une enveloppe ; ce sont deux bulletins soudés comme des frères siamois par un crachat. Plus tard, une enveloppe perd sa raison d’être : qu’est-ce qu’une enveloppe qui ne renferme rien ? Plus tard encore, faux choix, un nom barré d’une croix. Et puis celui-là, enfin : au dessus du nom du candidat cette bien belle sentence entre guillemets : « choisir c’est renoncer ».

 

04.05.2012

Se délester

 

…et comme tu avais invoqué plus qu’évoqué le passé, il t’a joué son tour. Comme passé par une brèche, ce visage s’est matérialisé devant toi ; un visage plus marqué, passé instantanément du chiffre quarante à cinquante-cinq. Ah, quelle surprise ! Et le visage sourit et annonce  je quitte définitivement Paris dans trois semaines. Le passé s’engouffre partout, puis se barre par où il peut, comme un courant d’air qui s’est juré de vous faire attraper la mort.

 

17:47 Écrit par Neothene dans Epines | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : passé, existence, vie, souvenirs

S'appesantir

Parce qu’il t’a suffi de baisser

Un temps soit peu,

Un temps soit trop,

La tête pour apercevoir le gouffre

Et pris de vertige,

En sentir de nouveau l’appel.

 

15:14 Écrit par Neothene dans Epines | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : passé, vécu, existence

24.04.2012

Bidoche...

En écho à un des postes très récents d’une amie, je voudrais aborder ici la question du végétarisme.

Je tiens à préciser que je ne suis pas encore ce qu’on peut légitimement appeler un végétarien, et peut-être ne le serais-je jamais totalement. Actuellement on pourrait me dire - si cela a un sens -, semi végétarien : je me suis, pour l’instant, contenté de réduire au maximum ma consommation de viande ; j’en mange une à deux fois par semaine, ce qui est peu, mais suffit à me mettre à l’abri de carences éventuelles, car je n’ai pas encore bien adapté mon régime alimentaire à l’absence totale de viande. C’est une démarche évolutive et, à terme, il est possible que je finisse par m’en passer totalement.

Pourquoi ce choix ? 

Rien, en effet, dans mon histoire personnelle ne me prédispose particulièrement à devenir végétarien. J’aime la viande et j’ai toujours aimé en manger, et bien qu’ayant été entouré d’animaux toute ma jeunesse, je n’ai jamais vraiment à l’époque fait de lien entre eux et mon régime alimentaire. Manger de la viande était dans l’ordre des choses, il fallait en manger pour être en bonne santé ; aucune interrogation sur ce sujet autour de moi ; aucun lien véritable dans mon esprit entre les animaux qu’on mange et ceux qui nous accompagnent dans notre vie ; un lien abstrait, tout au plus, aussi abstrait que celui qui relie dans notre tête la vache broutant paisiblement dans son pré et un beefsteak. Lorsque je fouille dans ma mémoire, j’y retrouve le vague souvenir d’une émission télévisée sur les abattoirs, avec cette image d’un cochon suspendu par les pattes arrières qu’un type découpait en deux vivant avec une scie circulaire ; image atroce mais que mon esprit de gamin s’est empressé d’oublier. 

C’est bien longtemps après, jeune adulte, que j’eus mon premier véritable choc. Une séquence brève (à la télévision encore) : un fourgon mène des animaux à l’abattoir dans des conditions atroces ; une autre image vient se superposer aussitôt : celle des camps d’extermination. Je ne peux ensuite me défaire de cette image qui finit par modifier totalement mais temporairement mon rapport à cette réalité. Je me rappelle très nettement à cette époque de l’impression éprouvée une fois à la vue d’un étalage de poissonnerie dans un supermarché ; je vois les poissons l’œil vitreux, gueules ouvertes, tels des cadavres empilés. Entendez bien : je ne vois plus abstraitement de la nourriture, un étalage de produit, mais je vois des corps sans vie jetés les uns sur les autres ; la réalité brute de la chose sans filtre mental.

Pendant quelques temps, je deviens littéralement incapable ne serait-ce que d’envisager de manger de la viande. Mais peu à peu, la croyance très enracinée et relayée partout du caractère indispensable pour la santé de la consommation de viande m’incite malgré tout à consommer régulièrement du poisson et des fruits de mer ; pour me calmer ma conscience, ma logique est la suivante : n’étant pas des mammifères, ces êtres à l’intelligence et la conscience réduites ne souffrent pas comme nous et leur parenté avec nous me semble pour le moins lointaine. Je me persuade de cette manière fort commode, et le temps aidant, mon premier choc perd en intensité. Ma conscience est ainsi apaisé et ma santé à l’abri. Tout est pour le mieux.

Mais après un an de ce régime, je finis par capituler, me convainquant progressivement que je me prive d’un plaisir de la vie, et que la frustration n’est pas en soi une chose souhaitable pour mon équilibre. Et puis je mange déjà d’autres animaux, alors… Je me mets donc à manger frénétiquement des Kebabs pour venir consoler cet être partiellement frustré que je pense, peut-être à raison, être devenu. Je suis redevenu un omnivore amateur de barbaque ; il faut dire aussi qu’à l époque je partage ma vie avec une personne plutôt carnivore et absolument personne autour de moi n’est végétarien, bien au contraire ; cela a aussi pu jouer en faveur de cette évolution. 

Ce n’est que tout récemment que cette question s’est reposée à moi. Tout d’abord par un carême que je passe il y a deux ans en m’inspirant de la pratique orthodoxe où l’on proscrit tout produit de type animal, lait compris. J’apprends donc pendant une longue période à me passer de ce type de nourriture.

Mais le plus important : plus récemment, plusieurs livres m’interpellent et replacent le sujet au cœur de mes préoccupations. Avec l’autobiographie de Gandhi, je me retrouve confronté à la question du végétarisme (visiblement fondamentale  pour l’auteur). Et je réalise cette idée pourtant fort simple : beaucoup de gens à travers le monde vivent très bien sans jamais consommer de viande ; voilà le dogme diététique mis à mal. Je perçois la démarche de Gandhi comme une volonté très forte de mise en adéquation des actes de la vie quotidienne et des conceptions spirituelles et philosophiques. Ce qui me séduit, car depuis quelques temps  je me méfie des idées abstraites et des raisonnements purement spéculatifs. Seul ce qui s’ancre profondément dans l’existence et l’expérience, ce qui admet le changeant, le paradoxe dans toute leur dimension existentielle, bref ce qui me paraît refléter véritablement la condition humaine et la vie telle qu’elle est trouve grâce à mes yeux.

Un peu plus tard encore, je suis séduit par le livre de Marcela Iacub, Confessions d’une mangeuse de viande que je trouve très pertinent, humain et non dénué d’humour. Je jette aussi un œil sur celui de Safran Foer, très différent de celui de Iacub mais tout en nuances et modération et très complet. Les lectures de livres tournant autour du bouddhisme auxquelles je me suis adonné très récemment n’ont pas manqué elles aussi de jouer leur rôle dans cette prise de conscience. Quelques rencontres y ont sûrement ici aussi leur part.

Aux affects et  à l’empathie, se sont mêlés, grâce à mes lectures, des considérations d’ordre existentiel,  d’ordre écologique et d’ordre spirituelle, et le végétarisme me semble aujourd’hui quelque chose d’envisageable et de souhaitable.

Mais la vie (une certaine forme de maturité, qui sait ?) m’a rendu un peu plus pondéré, un peu plus sage peut-être (au sens où je pense être plus à l’écoute de moi-même et de mon fonctionnement), que je ne l’étais encore il y a peu. J’évolue donc dans cette direction tranquillement, naturellement et sans me contraindre. Je n’éprouve pour l’instant aucun manque, aucune frustration et je ne m’interdis rien. Par exemple, j’accepte sans problème de manger de la viande lorsque je suis invité chez quelqu’un ; premièrement, parce que j’en mange un peu déjà à la base et que les gens sont de toute façon rarement au courant de mon choix car je ne porte pas mon quasi végétarisme en étendard et ne veux ennuyer personne avec des dispositions qui ne regardent que moi (pas de menu spécial réservé à mon attention, donc, ni de repas végétarien pour tout le monde pour simplifier les choses). Je pense que ce fonctionnement est de toute façon plus apte à inscrire ma démarche dans la durée. Fin du laïus.

 

17:40 Écrit par Neothene dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : végétarisme, alimentation, régime

25.03.2012

Maroc 29 février - Tanger (2ème journée)

Petit déjeuner sur la terrasse. Discutons avec A. et J. de ce que nous avons fait la veille. J. nous conseille de régler la question des billets de train à l'avance pour éviter stress et tracasseries. Je demande à A. lorsqu'il vient rechercher notre plateau si éventuellement ils acceptent d'accueillir des enfants. Il me répond par la négative ; le lieu comporte trop de dangers pour un petit, pas avant 13 ans. Avec les escaliers très raides, la terrasse, etc. « It's not a good idea ». Mais lorsque nous redescendons ils nous attendent tous les deux au niveau de la cuisine. J. nous demande quel âge à notre enfant, si nous avons une photo d'elle, la trouve très mignonne et nous explique que maintenant qu'ils nous connaissent un peu, ils peuvent peut-être envisager le fait que nous emmenions notre fille une prochaine fois.
Descendons par la médina jusqu'à l'avenue Mohammed VI que nous empruntons pour rejoindre la gare et acheter nos billets à l'avance. A. nous a indiqué comment rejoindre la gare et la durée approximative du trajet à pieds. Plage et palmiers d'un côté, immeubles ultramodernes de l'autre, avec ici et là un certain nombre de chantiers et d'immeubles en construction.
Autour de la gare, même panorama. Sur les pelouses et les terre-pleins des ouvriers prennent leur pause déjeuner. Certains sont allongés et semblent dormir.
Une fois munis de nos billets, nous prenons un taxi avec lequel il faudra marchander car il nous fait de toute évidence un tarif spécial touristes. Arrivés sur la place du grand Socco, nous remontons un rue sur la gauche en direction de la partie moderne de la ville. Dans une petite descente sur la gauche un peu après quatre cinq parterres de lunettes de soleil et d'accessoires se tient le restaurant où nous projetons de déjeuner spécialisé dans le poisson. Nous demandant s'il est réellement ouvert en raison du gros bout de bois qui en condamne l'accès, nous finissons tout de même par entrer sur invitation d'un des serveurs. A côté de la table où on nous installe, un couple de français accompagnés d'une petite fille de 5 ou 6 ans est en train de déjeuner. Un serveur d'une quarantaine d'années, crâne tondu nous apporte régulièrement les plats qui composent ce repas très copieux. A chaque plat apporté, le serveur nous lance un « bonjour ! Comment ça va ! Et les enfants ? La famille ? » Etc... Le petit manège qui m'amuse au début finit par me lasser. La fatigue occasionnée par la journée de la veille commence à me tomber dessus. Le côté sympa des gens du restaurant, à tort ou à raison, me paraît factice. Un vieux homme dont on ne connaît pas la fonction au sein du restaurant passe de table en table pour s'informer de l'avancée de chaque repas, si tout va bien, etc. Mais les choses s'éclairent lorsqu'à la fin du repas il nous invite à le suivre dans une salle derrière. Là, nous découvrons son énorme marmite en cuivre ; il y fait mijoter un des plats pour la journée du lendemain. Il nous offre un petit panier en osier avec une poterie et des ustensiles en bois. Lorsqu'il apprend que nous sommes mariés, il nous mène de nouveau au fond où il nous offre une petite boîte remplie d'une huile dont il nous explique les vertus multiples et l'utilisation.
Sur le chemin pour rentrer, nous nous faisons alpaguer pour un vieux bonhomme à lunettes habillé d'une djellaba. Je le reconnais : sur le chemin la veille, il nous a proposé discrètement du cannabis. Je n'aime pas son regard et il ne m'inspire aucune confiance. Mais je commence à être vraiment fatigué et j'ai du mal à m'en dépêtrer. I. finit par s'en méler. L'homme lui dit alors quelque chose que j'identifie à une insulte, et lorsque cette fois vraiment énervé je vais pour le remettre fermement à sa place, I. m'empêche d'intervenir. Nous nous chamaillons : I. n'a pas entendu d'insulte mais une exclamation et elle me reproche de ne pas me montrer suffisamment ferme d'emblée avec ce genre de personnes. Je suis quant à moi persuadé qu'il l'a insultée, et je ne comprends pas qu'elle m'ait empêché de réagir tout en me reprochant de ne pas me montrer assez ferme. Je reste silencieux et tendu lorsque nous rentrons. Et lorsque nous ressortons je ne suis toujours pas parvenu à me défaire de ma mauvaise « tournure d'esprit ». Tout me pèse et je n'ai plus du tout envie d'être là ; l'enchantement de la veille a disparu pour ne plus laisser place qu'à la déprime et au dégoût. Nous marchons longuement et un peu au hasard des rues. Je me force à prendre quelques photos.
Après avoir tenté de nous rendre à deux adresses conseillées par A. et J. mais malheureusement fermées, je propose à I. de nous rendre au Café de France. A. nous a conseillé la veille de nous y arrêter pour observer les gens et la vie de la rue. Nous y installons et je ne parviens toujours pas à sortir de mon mutisme ; je prends conscience que je suis épuisé et les mots me reviennent peu à peu. Echangeons nos impressions. La parole me déleste du fardeau comme par magie. Les émotions trouvent enfin des mots pour les exprimer. Je me sens toujours fatigué mais soulagé. Nous restons un bon moment à observer les gens à l'intérieur et à l'extérieur du café. I. m'explique la nécessité de trouver par moments des « zones de replis » comme celle-ci.
Repartons pour notre hébergement. Toujours dans le même tronçon de ruelle, un autre type m'alpague auquel je ne réponds tout simplement pas. Puis un autre un peu plus loin qui joue visiblement les rabatteurs pour un restaurant et que je garde lui aussi à distance.
Arrivés à la maison d'hôte, nous passons un moment sur la terrasse. La nuit est tombée. Un Muezzin  lance son appel, puis un autre, et un autre, et un autre. Polyphonie à laquelle cette fois je ne trouve plus aucun charme. Je reste un peu indifférent à regarder les lumières de la ville. Un peu plus loin, on aperçoit celle de l'Espagne. I. tente de prendre quelques photos de nuit avec son portable et je reste affalé à regarder le panorama. Comme je suis crevé, tendu, mon esprit tend comme chaque fois dans cette situation vers une sorte d'irrationnel ; je suis un obnubilé par l'idée qu'I. Puisse laisser tomber par maladresse son téléphone dans le vide. Pitoyable.
Nous descendons vers 20h00. A. et J. sont en bas et nous demandent comment s'est passé cette journée. Ils nous proposent de faire du feu dans le gigantesque poêle car le temps s'est considérablement rafraîchi. Faisons part chacun de nos impressions, nous les questionnons sur leur parcours, leurs origines, etc. Comme nous envisageons de nous rendre au restaurant un peu classe et tranquille que nous n'étions parvenu à trouver la veille au soir, A. nous propose de nous faire accompagner par H., un monsieur très chaleureux et courtois.
Au restaurant, ambiance tamisée. Presque personne dans ce décor à la fois classe et minimaliste. Un français un peu chic d'une cinquantaine d'années et un jeune marocain très sympathique nous accueillent. Le jeune homme viendra régulièrement nous voir tout au long de ce repas composé de tajines et de vin ; nous discutons d'expressions arabes, de prononciation ; il rit un peu de notre difficulté à prononcer certaines lettres.
Au final, nous passons une excellente et reposante soirée.
H. nous attend à la sortie du restaurant. Je ne peux m'empêcher de me sentir un peu gêné par la situation, mais I. me dit que les choses étaient convenues de cette manière. H. nous souhaite bonne nuit et nous rentrons nous coucher.

23:49 Écrit par Neothene dans Où je vis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maroc, voyage, vacances

17.03.2012

Coulé dans le béton

 

Du terne, du plat, du gris, des chemins trop balisés.

Des uniformes, partout de l’uniforme.

Jusqu’aux visages.

Traits sans esprit ?

Où était donc passée la vie ?

De retour, les premiers jours, j’ai cru mourir asphyxié.

Coulé dans le béton.

Mais le béton se fissure.

Comme toujours, de haute lutte, la plante se fraie son chemin.

Vers la source, la lumière.

Qu’on ne l’oublie pas, la nature reprendra toujours  ses droits.

Malgré nous si besoin.

 

Le sol d’asphalte pour plancher

Le ciel sans étoile pour plafond,

Le vacarme des carcasses de tôles hurlantes pour musique.

Chez  moi partout.

Même ici.

 

13:56 Écrit par Neothene dans Méditations | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

12.03.2012

La lampe, le brasier, la nuit

 

La lampe qui nous éclaire,

Certains voudraient étendre partout sa flamme,

Et en faire un brasier.

Alors les cendres,

Alors la désolation.

 

La lampe qui nous éclaire,

Certains par peur de l’incendie,

Ou par vanité et suffisance

Voudraient n’en plus voir la flamme et l’étouffer pour toujours.

Alors ils râlent et rampent dans les ténèbres et la boue.

 

11.03.2012

Maroc 28 février. Tanger.

Décollage à 8h30. Nous traversons un plafond de nuages. Impression de tout laisser derrière moi. Puis à l'horizontale, enfin. Belle lumière rose. Nous planons au dessus d'un tapis de nuages  granuleux extrêmement compact. Après avoir pris le petit déjeuner servi par la compagnie et potassé la brochure laissée à notre disposition, je constate que nous survolons déjà l'Espagne. Files d'éoliennes le long des crêtes des massifs espagnoles. L'altitude est maintenant supérieure à 10 000 km et la température de -74° à l'extérieur. Traversée du Détroit de Gibraltar très rapide. Nous sommes presque arrivés. Nous survolons la côte à si basse altitude que j'ai l'impression que nous allons atterrir sur la plage.


A l'aéroport de Tanger. Change. A la sortie, F. nous attend. C'est un jeune marocain très sympathique d'une trentaine d'années environ à la voix rauque de grand fumeur, habillé en jeans et blouson de cuir avec sur la tête une casquette à l'ancienne qu'il porte la visière au raz des yeux ce qui lui donne un peu des airs de macho italien ou espagnol. Il nous invite à monter à l'arrière de sa minuscule fourgonnette rouge. L'intérieur vaut le détour : nous sommes assis sur une banquette à ressort avec un tapis marocain à nos pieds. A l'avant, le tableau de bord est recouvert d'une sorte de fourrure ; aux poignées entourées de bandanas rouges de chaque côté du pare-brise sont attachés des schtrompfs en pluche. J'observe la vie tout autour. Impression de liberté dans les attitudes et de vitalité. Les gens traversent les rues à l'arrache, les banquettes arrières des taxis couleur sable supportent quatre personnes, de jeunes gars sans casques slaloment en mobylettes entre les voitures et les gens.
Durant le trajet, F. hèle plusieurs personnes à travers la portière ; il s'arrête parfois cinq secondes pour leur parler. La taille de son véhicule lui permet de circuler dans les artères de la médina et nous arrivons très rapidement chez nos hôtes.

A. et J., couple d'américains d'une cinquantaine d'années installés à Tanger sont très décontractés et sympathiques, un peu baba mais en plus chic et sobre. Ils nous font visiter une petite chambre au rez de chaussée dans les tons vert émeraude très haute de plafond et recouverte par endroits de mosaïque. Une fenêtre avec vitraux de couleur protégée par un grillage ouvragé donne sur la rue et sur une fontaine. L'ensemble est à la fois très joli, typique et intime. Nous visitons ensuite le reste de la maison toute en hauteur. Les escaliers recouverts de mosaïque sur très étroits et très raides. A un étage, un coin cuisine ; à un autre, un coin salon, etc. Nous finissons par arriver sur une petit terrasse pourvue d'un coin véranda qui offre une vision panoramique de toute la médina. On nous y installe pour prendre le thé tranquillement. Nous y restons une petit heure à jouir de la perspective offerte par l'endroit. Pas très loin, la mer. Tout autour de nous, une juxtaposition de petites maisons blanches avec terrasses et fouillis de paraboles et d'antennes télé. J. remonte nous voir et nous propose de faire le tour du quartier pour nos donner quelques points de repères dans ce labyrinthe et quelques bonnes adresses. Durant une demie heure,    A. nous explique un certain nombre de choses et nous donne des repères visuels ; son attitude et celle de J. et les relations très amicales qu'ils semblent entretenir tous deux avec les gens du quartier témoignent de leur intégration dans la vie de la médina. Arrivés à la grande place, après nous avoir demandé si nous nous sentions capables de retrouver notre chemin, ils nous laissent profiter de la ville.

Parmi les adresses qu'ils nous ont indiquées, nous nous rabattons sur une toute petite gargote sans enseigne. Une femme aux yeux clairs assez jeune et très gironde nous montre, exposés sur le comptoir derrière lequel elle se tient, les différents tajines du jour. Nous nous installons sur l'unique table placée au milieu de la petite salle et recouverte d'une toile cirée. Le long des murs autour des supports permettent aussi à quelques personnes de se poser pour prendre leur repas. Je contemple un court instant le gros frigidaire sixties vert et un peu délabré placé à côté de l'entrée. Deux ou trois matous rentrent et sortent régulièrement, inspectant les lieux à chaque passage dans l'espoir de glaner quelques bricoles. Comme nos voisins de table, nous savourons notre tajine tout en jetant régulièrement un œil sur la petite télévision placée tout en hauteur qui diffuse les informations du jour. Les sujets internationaux abordés de même que la manière de les présenter donnent quelque chose de visiblement similaire à ce que nous connaissons ; sans connaître la langue nous comprenons en substance ce qui se dit dans la lucarne.

Une fois sortis, nous décidons d'aller sur la petite place plus bas prendre le thé à l'adresse conseillée par J. même si l'endroit n'a à première vue  rien de bien réjouissant comme elle nous en a avertis. Une minuscule salle donne directement sur la rue et en terrasse, assis dans deux chaises en plastique en triste état, deux vieux marocains en tenues traditionnelles et à l'air rugueux fument le kif au moyen de longues pipes sculptées. A l'intérieur quelques tables le long d'un mur, au fond on discute et on fume visiblement la même chose qu'en terrasse. Sur le côté, un homme d'une quarantaine d'années affairé derrière de petits réchauds à gaz rudimentaires nous souhaite la bienvenue. Il se rappelle de nous, il nous a vu passer tout à l'heure avec A. et J. qui l'ont salué de loin. I. prend un grand café au lait et moi un thé à la menthe. Un vieux monsieur en djellaba se tient assis à la table juste devant nous. Le patron du café change de chaîne sur la petite télé placée en hauteur à l'entrée ; il met une chaîne européenne. C'est une marque d'attention à notre endroit. I. me fait remarquer à juste titre qu'on imagine assez mal la chose transposée chez nous : imaginez un marocain en djellaba ne parlant presque pas français qui se pointerait dans le micro troquet d'une petite ville  française, et à qui on mettrait Al Jazira par courtoisie. Surréaliste. Sur l'écran des mannequins aux tenues on ne peut plus minimalistes se déhanchent de manière très marquée en parcourant un long podium. Le vieux homme devant nous trouve le spectacle visiblement plaisant et très amusant. Il nous prend à témoin de ce qu'il voit avec force gestes, se cache les yeux, puis fait mine de repousser des deux mains les images en riant et en détournant la tête. S'en est trop pour lui, il n'a plus l'âge. Nous rions avec lui de la situation. De temps à autre, en arrière fond, un chant de coq sort de nulle part. Puis le vieux homme finit par se lever une fois bu son thé et nous salue d' un « aureuvoir » en nous souriant.

Une fois sortis, nous déambulons au hasard des ruelles. Nous finissons par atterrir dans un marché proposant viande et poissons. Ici, moi qui aimerais être végétarien si je n'aimais pas tant la viande, je suis mis à rude épreuve. Tout autour de moi des chapelets de viscères qui pendouillent, des pieds de moutons fraîchement découpés entreposés par terre ; ici et là des flaques de sang séché, des poulets démembrés accrochés un peu partout ; un peu plus loin, un type qui grattent un patte de mouton, et puis l'odeur, et cette énorme tête de bœuf renversée sur un comptoir et partiellement dépiautée et puis ces quelques mouches qui voltent autour de tout ça. Est-ce dû à la traversée de cette partie ? mais la salle dédiée à la poissonnerie, avec ses énormes tas de poissons jetés les uns sur les autres sans glace pour les conserver, ne m'inspire guère plus. L'exotisme peut résider aussi dans ce genre de choses.
Repartons, espérant grâce aux conseils avisés de A. retrouver rapidement notre logement. Après quelques allers et venues et bien des hésitations, nous parvenons enfin à bon port.

Sieste. Au dehors la rue comme si nous y étions. Mais je suis si fatigué qu'une fois endormi le muezzin ne parvient même pas à me réveiller. Trois quarts d'heure plus tard, j'ouvre les yeux. Au dehors des petits sont en train de jouer à proximité de la fontaine. Beaucoup de rires. Des bruits d'eau. Un chat qui s'est réfugié sur l'appui de notre fenêtre se fait asperger d'eau ; les gouttes viennent s'écraser sur les vitraux et je vois la silhouette du chat qui se recroqueville.

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Sortons nous promener le long des remparts donnant sur la mer. Le temps est très agréable. Autour de nous beaucoup d'enfants et de vie. Puis un homme en djellaba qui sort de chez lui nous salue et nous indique que nous sommes dans un quartier musulman et ancien. « Rien de moderne par ici. Quartier musulman. Les Falaises... ».
Nous finissons par atterrir sur une petite place pourvue de quelques bancs en bois un peu déglingués. Autour de nous, des mères avec les enfants et des jeunes qui discutent. Puis repartons et nous retrouvons sur la place du Grand Socco où A. et J. nous avaient laissés en fin de matinée. Plus haut, la partie moderne de la ville. Beaucoup d'animation en ce début de soirée.


Très fatigués par notre longue marche et par le voyage, nous décidons de retourner nous reposer à la maison d'hôte. Il nous faut retrouver notre chemin dans le méandre des ruelles. Un vieux homme nous entreprend et veux nous montrer une boutique « pour le plaisir des yeux seulement. Pas pour acheter. ». Pensant qu'il s'agit de sa boutique, nous nous montrons courtois et acceptons de le suivre. Il nous mène jusqu'à une boutique d'herboriste et nous présente avant de s'éclipser à un homme d'une trentaine d'années qui se lance dans un exposé de son activité. L'homme nous fait sentir différents produits et nous en explique les vertus. J'écoute distraitement et mes yeux parcourent les longues rangées de gros bocaux exposés sur les étagères. Il finit par nous laisser « regarder » pour accueillir deux autres personnes (des locaux cette fois). Nous restons le temps minimum par politesse, puis ressortons en le saluant. « A bientôt. N'hésitez pas à repasser ». Une fois dans la rue, le vieux homme en djellaba nous attend et après quelques pas nous demande quelques dirhams. Nous refusons poliment. Après avoir fait un crochet par un petite épicerie, nous rentrons et passons une partie de la soirée sur la terrasse à profiter de la vue tout en mangeant de la vache-qui-rit sur du pain et en buvant un soda à la pomme très sucré.

23.02.2012

Seul dans notre rue

Il habite dans notre rue.


Il a un peu une tête de Christ, avec ses longs cheveux un peu torsadés qui tombent de chaque côté du visage et ses yeux très clairs.


A cette tête, il manque pourtant quelques dents ; je m’en suis aperçu l’autre jour. Rien d'étonnant à cela.


Sa voiture est toujours garée au même endroit, et chaque fois que je passe, je l’observe en pensant à lui. Elle est au « point mort », inerte. Bien des pensées et de sentiments me traversent à ce moment. Des questions se posent auxquelles je ne trouve aucune réponse.
Il faudrait faire quelque chose.
Mais quoi ?


L’autre jour, quand tu es passée, la rue était bloquée par une voiture de police. Un peu plus loin s’éloignait un camion de pompiers. Et sa voiture avait une portière grande ouverte qui laissait deviner qu’elle était vide. Alors des scènes sont repassées dans ton esprit. Tout s’est agencé, et tu t’es dit ça y est, c’est fini pour lui. Il est parti. Mort de froid probablement, seul dans sa voiture, et nous n’avons rien fait du tout. Et tu es rentrée la mort dans l’âme. Le dégoût de nous tous et la tristesse accrochés aux tripes.


Ce matin pourtant, il m'a semblé l'apercevoir de loin. Il était là. De nouveau. Allongé par terre à côté de sa voiture, emmitouflé dans des couvertures. Alors j’ai un peu accéléré le pas avec la poussette, sans vraiment m’en apercevoir. Pour arriver à lui. Je lui ai souri, donné quelque chose en passant, lui demandant auparavant s’il en voulait bien. J’avais envie de lui dire que j’étais heureux qu’il soit encore là. Pas là dehors. Là parmi nous. Des mots dérisoires.


Il faudra voir ce qu’on peut faire…


Mais qu’est-ce qu’on pourrait bien faire ?

10:51 Écrit par Neothene dans Epines | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

10.02.2012

Seule

Je t’ai trouvée seule au milieu de la cuisine.

Ton minuscule visage,

Ta petite tête tournée vers moi quand je suis entré.

Mélancolie d’adulte, déjà,

Dans ce regard d’enfant

D’à peine plus de deux ans. 

13:58 Écrit par Neothene dans Méditations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

09.01.2012

L'attentat

Une vaste salle en rez-de-chaussée pourvue de larges fenêtres ; lieu hybride entre une salle des fêtes et une place. Lieu de passage, lieu de rencontre. Beaucoup de personnes évoluent tranquillement à l’intérieur dans une atmosphère de relative sérénité.

Je prends conscience de l’agitation soudaine qui se crée autour de moi ; je comprends – par les gens ? Par déduction ou intuition ? – qu’une personne ayant la volonté de perpétrer un acte terroriste s’est introduite dans la salle.

Je finis par l’apercevoir : pas très grande, en jean, la tête couverte d’un foulard gris ou blanc attaché à la manière des pirates. Les gens la suivent un peu agités et tentent visiblement de la raisonner ; mais elle semble ne rien vouloir entendre et tout dans son attitude traduit l’évitement, la fermeture et la fuite. Elle se dérobe aux différents groupes de personnes qui cherchent à l’intercepter.

Une image très précise se dessine dans mon esprit. J’ai la vision d’une sorte de sachet transparent contenant des choses ressemblant à des marrons ou des noix, quatre ou cinq, pas plus, et je sais intuitivement que ce sont des choses radioactives extrêmement dangereuses, et que c’est précisément l’arme que va utiliser la jeune femme pour commettre son attentat.

Je prends progressivement conscience du caractère inéluctable de notre mort à tous, comme chaque personne autour de moi. Toutes se sont calmées.

Puis vient la sensation très forte et très nette, douloureuse, d’être soudain irradié, de cuire littéralement. Je me sens partir peu à peu. « Seigneur Jésus ! » seront, dans ce rêve, les dernières paroles que je prononcerais mentalement, comme si j’amorçais un cheminement vers une sorte d’ailleurs.

 

11:14 Écrit par Neothene dans Nuits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rêve, rêves

02.01.2012

Travail

L’air sévère et concerné, la conscience morale en étendard ; tout raide, la mâchoire crispée ; toute sèche et  fanée, c’est à peine si elle vous a vu lorsqu’elle s’est adressé à vous.

Il y a dans sa requête une urgence qui ne fait qu’indiquer le caractère purement transitoire et fantomatique de son implication. Vite avant que cela s’en aille… Contraste saisissant entre son attitude et la présumée noblesse de la cause dont elle cherche à se revêtir.

La cause : parure pour son ego et carburant pour un ressentiment sans objet.

13:54 Écrit par Neothene dans Epines | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

10.12.2011

...

La rage est un brasier.

L'injuste un pyromane.

15:04 Écrit par Neothene dans Méditations | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

08.12.2011

Je vis

Le vent frais sur mon visage,.

Assis paisible, j’observe,

Je vis

Le monde qui peu à peu s’éveille, s’agite.

Un peu partout, son industrie.

Et dans cinq ans ?

Et dans dix ans ?

Je dois l’avouer

j’ignore tout même du quart d’heure qui suivra.

Comprenez-moi bien : je suis là.

12:54 Écrit par Neothene dans Méditations | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

24.11.2011

La Malédiction

Un système nous libéra.

Pour enfin se transformer en cage.

Longtemps chérie, une vérité devint erreur aux conséquences épouvantables.

Un libérateur,

adoré, statufié, se mut en despote sublime.

Et cette lumière qui hier encore nous éclairait ne nous fut plus qu’éblouissement.

 

Idolâtré, arrêté, gravé dans le marbre, figé. En un mot, perverti.

14:03 Écrit par Neothene dans Méditations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

18.11.2011

Tout puissant

Il faisait face à la fenêtre, lui tournant le dos, et son regard semblait scruter la rue pleine d'humidité et de ténèbres. L'autre le regardait sans vraiment le voir, enfoncé dans un fauteuil un rien bancal et continua :

- d'après toi, Il est donc tout puissant, éternel, omniscient, etc, etc... C'est ça?

- Oui, c'est du moins l'idée que je m'en fais ; l'idée que beaucoup de croyants s'en font.

- Alors, dans ce cas, j'aimerai savoir ce que tu fais du Mal? De cette fameuse question du Mal? C'est un cliché, je sais, mais pourquoi le mal, la souffrance des innocents, l'injustice? Comment expliques-tu cela? J'espère que tu ne vas pas recourir aux sophismes de ces penseurs trop habiles pour être honnêtes. Que tu ne vas pas te livrer à des contorsions intellectuelles et tenter d'expliquer, et de justifier ce qui ne peut l'être?

- Tiens donc... Oui, le Mal existe. Et l'injustice. Et la souffrance des innocents. Et, oui, excuse-moi, je crois pourtant à la perfection divine. Je le crois Tout Puissant. Oui. Mais en toute honnêteté, je ne peux pourtant répondre à ta question sans me donner la désagréable impression de répéter une leçon ou de donner des réponses qui n'en sont pas. Cette discussion commence d'ailleurs à m'ennuyer.

- Je cherche à comprendre. Pourquoi renonces-tu à t'interroger sérieusement sur ces questions. Des questions qui touchent à des choses, tu le réalises, que tu prétends pourtant essentielles pour toi.

- Non, je ne renonce pas à m'interroger. Je fais juste preuve d'un peu de modestie. Quelque chose qui, manifestement, t'est étranger, tout comme Dieu.

- Dieu ne m'est pas étranger.

L'autre avait légèrement tourné la tête vers lui laissant entrevoir un sourire qui n'exprimait rien de moins qu'un mélange d'amusement, de curiosité et d'ironie ; comme on voudra l'interpréter. Puis il reprit son observation méticuleuse de la rue poisseuse souriant toujours.

- Je t'écoute. Là franchement tu m'intéresses.

- Dieu ne m'est pas étranger. Mais ce Dieu que ton absence de questionnement laisse percevoir ne me plaît pas. Dieu est tout puissant et le Mal existe, donc. C'est donc que Dieu veut le Mal?

- Non, je ne pense pas qu'il le veuille.

- Admettons que Sa volonté n'y soit pour rien. Il le laisse avoir cours au moins.

- Ses desseins ultimes peuvent nous échapper, et derrière un mal, parfois...

- La belle affaire! Tu crois vraiment à ça. Tu espères me convaincre avec ces clichés. Avec ces âneries.

- Des âneries qui semblent avoir fait l'affaire de personnages bien plus estimables que nous deux, tu l'oublies...

- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse? Quel grand personnage n'a pas ses faiblesses, ses manques, ses lubies, ses mensonges, ses partis pris? Son ignorance... Pas d'argument d'autorité ici, s'il-te-plaît.

- Soit. Soit... Je pense simplement qu'il faut accepter Dieu en soi. Il ne peut être soumis à nos critères de raisonnement et de jugement. Il faut cesser de chercher à comprendre ce qui ne peut être appréhendé par nos esprits de toute évidence trop étriqués.

- Ah oui! Ne pas réfléchir! Ne pas chercher à comprendre! Bien! Formidable! Il faut prendre Dieu tel quel... soit, mais pourquoi? Pourquoi l'accepter aveuglément?

- C'est Dieu ou ça ne l'est pas.

- Et tu trouves ça convaincant? Quelle valeur a cette adhésion à Dieu? "Je me soumets à Dieu parce que c'est Dieu" ; à savoir, parce qu'il est omniscient, tout puissant, fabuleux. Comme on se soumet à l'arbitraire d'un despote sous prétexte qu'il est puissant et terrible, et qu'il pourrait me causer bien des ennuis si je n'obéis pas à sa loi. C'est ça la beauté de la foi, la grandeur de Dieu?

- Bon, j'imagine que non. Tu as une manière de présenter les choses... Mais que proposes-tu, toi?

- Hé bien pour moi, soit Il ne peut intervenir directement dans Sa création pour diverses raisons; et alors on considère qu'Il n'est pas tout puissant et cela remet en cause totalement l'idée que nombre de croyants se font de Lui. Soit Il a décidé de donner à Sa création une autonomie, une liberté pour des raisons qui nous échappent (et j'accepte là la zone d'ombre). Alors oui, le Mal, dans cette dernière optique, a sa place au sein de l'imperfection, de l'"hors perfection" dirais-je de manière pédante.

- Continue.

- Mais si Dieu est tout puissant. Voit tout. Règne et juge; alors dans ce cas, au regard de l'Histoire des hommes, il ne mérite pas tant d'éloges, crois-moi ; et nombre de ses adeptes ne sont alors qu'une foule d'"intéressés" qui ne sont préoccupés que d'histoires de pouvoir, de Salut et de Paradis. Des laquais selon moi ou, pire, une espèce d'armée d'esclaves qui persécutent et tuent en Son nom.

Pour moi, si je suis cohérent, si je suis conséquent, le Dieu Créateur n'est "aimable" et louable que lointain au regard d'une création qu'il a voulu libre. Et, en même temps, proche comme un père qui nous guide si nous prêtons attention à Sa lumière, et qui nous laisse toujours accès à Lui. Sinon, je te le dis franchement, un amour sincère et absolu pour ce qu'on appelle Dieu nous est impossible.

 

 

15.10.2011

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"Le petit était assis et vacillait. L'homme l'observait de peur qu'il ne bascule dans les flammes. Du pied il dégagea des emplacements dans le sable  pour les hanches et les épaules du petit à l'endroit où il allait dormir et il s'assit en le tenant contre lui, ébouriffant ses cheveux pour les faire sécher près du feu. Tout cela comme une antique bénédiction. Ainsi soit-il. Evoque les formes. Quand tu n'as rien d'autre construit des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle."

La route - Cormac McCarthy

22:30 Écrit par Neothene dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

04.10.2011

Génération

De l’instantané. Du sûr et certain. Du sans risque. Du sans effort. Du sans engagement.

C’est ce que nous voulons, car vivre nous pèse.

16:33 Écrit par Neothene dans Méditations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société

29.09.2011

...

C'est pas le jour ! Comme on dit...

14:48 Écrit par Neothene dans Epines | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note